Saturday, October 4, 2008

Vicky Cristina Barcelona


Quelle force ! Quel panache ! Quel brio ! Une fois de plus, Woody Allen frappe et frappe fort dans son opus pair de l’année. Sa dernière réussite, Match Point (en 2005), marquait un retour fracassant du maître après quelques mollesses ; Scoop, l’impair de 2006 n’en était qu’une plus grande désillusion qu’il infirmait la théorie disant que Scarlett Johansson avait redonné un nouvel élan à une filmographie de moins en moins pertinente.
Car, c’est bien connu à présent, si Allen a toujours su trouver des acteurs s’intégrant parfaitement à son univers d’inadaptés sentimentaux (Michael Caine, Sean Penn, Jonathan Rhys Meyer, Allen lui-même), il doit ses meilleurs films aux compositions de ses actrices, des femmes de sa vie. Mia Farrow, Diane Keaton, Dianne Wiest, et aujourd’hui celle qui avait explosé avec Lost in translation ont construit autant que lui sa carrière, et ses plus grands films (Manhattan, Hannah et ses sœurs, La rose pourpre du Caire, Match Point).
Match Point avait aussi cette particularité d’un renouveau assez inattendu chez le réalisateur new-yorkais : celle de s’éloigner (enfin ?) de la Grande Pomme, pour batifoler dans une Angleterre figée. Scoop ne faisait que prolonger l’idée, quand aujourd’hui s’épanouit sur les écrans la finalité d’une telle démarche.
Vicky Cristina Barcelona. L’Américain découvre l’Europe continentale en même temps que ses deux héroïnes et la filme avec l’émerveillement d’une personne qui comprendrait qu’elle ne sait rien. Tout à reconstruire, tout à réinventer. C’est le sujet même du film : que faire quand on a l’intuition que ce qu’on aime le plus n’est pas ce qu’il nous faut ? Qu’on s’est peut-être trompé, pour de bonnes raisons, mais qu’il est encore temps de revenir sur ses pas.
A Barcelone, tous les personnages sont adorables. Les deux amies sont guapissimas, pleines d’esprit ; et leur entourage (mari, amis, connaissances) tout autant. L’amant commun a toutes les qualités. Et les défauts qui vont avec dont une ex-femme, intellectuelle et bombe sexuelle autodestructrice. Impossible de détester les lâchetés de chacun, leurs contradictions ou leurs libertinages respectifs.
Tout cela parce que Allen écrit bien (pléonasme), filme joliment (les scènes d’amour tunées selon les personnages mis en scène), et dirige merveilleusement. Le casting est d’une pertinence totale, presque déstabilisante tant la bataille pour la place centrale aurait pu être nuisible au résultat final. Tant de talents, des blondes Johansson (Cristina) et Clarkson (Judy), au couple propret de Vicky (fantastique Rebecca Hall) et Doug (Chris Messena), en passant par les hispaniques Bardem (Juan Antonio) et Cruz (Maria Elena), pour une telle énergie rendent le tout bouleversant (car émouvant), épatant (car efficace), ravissant (car réussi).

1 comment:

Anonymous said...

La façon qu'a WA de filmer ses personnages est ahurissante ! Il les filme de tellement près qu'on a l'impression d'être chacun d'entre eux. Justesse du casting, ils sont tous excellents de naturel.
Choc de 2 cultures, les américaines un peu coincées, même si l'une d'entre elles est un peu plus libertine et les latins plus expansifs assumant plus facilement leur sexualité et leur fantasmes.
Les 2 belles vont succomber au charmeur latino, l'une assumant ses désirs mieux que l'autre. Tout cela met un peu de piment ou de douleur dans leur vie mais au final que restera-t'il de cet été à Barcelone si magnifiquement filmé